Le Pingouin - Andreï Kourkov - 4/5

La littérature russe ou ukrainienne me manquait.
Je me suis embarqué pour Kiev. J’y ai suivi Victor.

Victor Zolotarev est un journaliste au chômage. Il est seul enfin presque : il a recueilli un pingouin.
Le Zoo de Kiev en manque de moyens, s’est débarrassé, a confié une partie de ses animaux à ceux qui voulaient en prendre soin.
Il mène une vie solitaire, très solitaire.
Un jour on lui confie un travail : écrire à l’avance des rubriques nécrologiques pour un journal.
Des rubriques variées : hommes d’affaires, politiciens, militaires, policiers…
Il appelle ces articles des « petites croix ».
Petit problème : certaines « petites croix » sont publiées, car par exemple…

— Il est tombé du cinquième étage. Il semblerait qu’il ait été occupé à laver les carreaux, mais étrangement, ce n’était pas chez lui. En outre, il faisait nuit.

Un travail tranquille et qui paye en dollars, mais il vaut mieux ne pas trop poser de questions…

Le pingouin apporte un peu de couleur (curieux pour un animal noir et blanc n’est-ce pas ?) dans une vie morne où tout semble gris et sans avenir.
Nous sommes à Kiev, juste après la chute de l’URSS.
Tout se paye en dollars.
Les habitants survivent :

Ce qui, auparavant, semblait monstrueux, était maintenant devenu quotidien, et les gens, pour éviter de trop s’inquiéter, l’avaient intégré comme une norme de vie, et poursuivaient leur existence. Car pour eux, comme pour Victor, l’essentiel était et demeurait de vivre, vivre à tout prix.

Peu d’échappatoires :

Buvons pour que ça ne soit pas pire. Mieux, ça a déjà été.

Les gens ordinaires se débrouillent pendant que d’autres trafiquent armes et matières premières.
Tout se paye :

  • Besoin d’hospitalisation ? $
  • Besoin de médicaments à l’hôpital ? $ (et oui en plus !)
  • Mourir dignement ? $

La violence n’est jamais loin. Il faut parfois prendre le large le temps que « cela se tasse ».
Il ne fait pas bon être journaliste non plus. Le directeur qui donne du travail à Victor se réjouit que femme et enfants ne soient pas à Kiev ou en Ukraine.

C’est donc un roman assez sombre.
Mais pas dépourvu de moments lumineux ou burlesques.

— Dites, articula-t-il enfin, vous avez vraiment un pingouin ou c’est moi qui pars du ciboulot ?
– C’est vous…, lui répondit Sergueï, avec une sincérité parfaite.
– Oh la vache ! lâcha le pêcheur, épouvanté. Il agita maladroitement les bras, tourna les talons et regagna son emplacement. Victor et Sergueï le suivirent des yeux.
– Ça va peut-être l’inciter à boire un peu moins, conclut Sergueï, optimiste.

Il y a, quand même, un peu de la place pour la bienveillance, l’amour et la tendresse.
Mais peu et d’une très grande fragilité.
Comme si la vie simple et humaine n’était qu’un mince couche de glace.

La plume d’Andreï Kourkov est acérée, juste, cynique avec une certaine retenue (la violence est plus suggérée).
Sans doute que quelqu’un quelque part à Kiev pourrait rédiger une « petite croix » sur Andreï Kourkov.

P.S. :

Vous l’aurez compris ce n’est pas l’aventure trépidante d’un justicier éliminant les profiteurs de la chute de l’URSS.
Dissipons les malentendus possibles.



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