Nouvelles Japonaises : Papillon : Suivi de La lionne

Deux nouvelles de Mishima explorant l'amour et ses tourments avec une écriture poétique et sobre, bien que seule la première convainc vraiment.

Résumé

Extraordinaire interprète de l’opéra de Puccini Madame Butterfly, la cantatrice Tamaki Miura donne ce soir un dernier récital bouleversant. Parmi les spectateurs, Kiyohara se remémore un autre récital, vingt ans plus tôt, à la Scala, auquel il assista avec la jeune Hanako.
Dans ces deux nouvelles sobres et émouvantes, le grand romancier japonais explore différentes facettes de l’amour et de ses tourments.

Avis

Ce livre comporte en fait deux nouvelles : Papillon et La Lionne

Papillon

Première nouvelle très émouvante. Mishima et son traducteur parviennent à décrire l’être aimé et les sentiments d’une façon exquise et poétique.
C’est beau. Très bien écrit, on se surprend à relire certains passages tellement les descriptions sont émouvantes.
L’amour, l’oubli, le deuil, l’éloignement sont omniprésents.
Quelques citations pour mesurer la beauté du texte :

  • Si, à vingt ans, je comprenais que, devant une telle distance azurée, l’amour, la volonté et l’espérance suprême d’un être humain sont bien vains, ce tour du monde, projeté par mon père pour oublier la mort de sa femme, m’a peut-être enseigné l’art d’oublier, quand je n’avais encore rien à oublier, celui d’oublier le monde avant même de le connaître.
  • Un homme vieillissant qui a épuisé sa capacité d’aimer est-il seul susceptible de regret ? Le regret n’est-il pas une forme d’amour ?
  • Vous portiez un ample tailleur en velours noir, qui convenait à l’automne avancé dans cette Europe du Sud, et un collier éblouissant, et votre apparition m’évoqua soudain tous ces lacs italiens que je n’avais pas encore vus. Ces paysages délicieux des lacs de Côme, Majeur, de Lugano, de Garde. Vos gants en dentelle suggéraient les fines branches des arbres des bosquets bordant les rives des lacs qui dialoguent avec le ciel du crépuscule. Votre collier, les étoiles miroitant dans le soir. Votre poitrine, palpitant discrètement sous le velours noir, la montée calme et brûlante des eaux du lac au milieu de la nuit, obéissant à des forces impérieuses pour rejoindre le ciel constellé…

C’est nostalgique : l’amour est impossible. La vie maintient une distance qui ne peut être niée malgré la force contenue des sentiments.

La Lionne

La deuxième nouvelle est une libre adaptation de Médée, d’Euripide.
Texte beaucoup moins facile.
De multiples personnages aux sentiments et situations complexes entrent en jeu.
Le ton est beaucoup plus distant, comme détaché (alors que dans la première nouvelle c’était très intimiste).
Mais continuez jusqu’au bout : le dénouement fort intense (je ne peux en dire plus) en vaut la peine.
Dommage qu’il soit si bref.
Il est cependant très bien décrit.

En conclusion…

Une première nouvelle, pure merveille. Tout en sentiments et subtilité.
Une deuxième nouvelle plus difficile, mais dont on ne mesure la force qu’au dénouement.
Un travail de traduction admirable : avoir réussi à faire franchir la barrière de la langue pour nous apporter un texte si limpide qu’on le dirait écrit en français !

Suggestions de Lecture

Ikebukuro West Gate Park

Ira Ishida

★★★★☆

Un polar urbain tokyoïte en courtes histoires qui explore les jeunes en bande face aux adultes indifférents, malgré un héros principal trop intuitif.

Les Miracles du bazar Namiya

Keigo Higashino

★★★★★

Trois jeunes découvrent qu'un vieux bazar reçoit des lettres du passé ; en les conseillant, ils tissent des liens entre présent et passé de manière inattendue.

Au prochain arrêt

Hiro Arikawa

★★★★☆

Suite de rencontres entre passagers d'un train japonais, marquées par l'attention bienveillante que les personnages se portent mutuellement.

Suivre le blog

Pour ne rater aucun article, abonnez-vous au flux complet ou au flux des extraits.