Le livre jaune

Le livre jaune

Comment parler du Livre jaune ?
J’ai trouvé une métaphore.
L’écriture c’est un peu comme le travail du bois.

Il y a les textes qui ne sont que des buches débitées à la hache.
C’est brutal, plein d’aspérités, d’échardes, peu travaillé.
C’est peu respectueux du lecteur. Les phrases s’emboitent mal. Certains bouts se détachent sans cohérence.
Bref ça ressemble à mes critiques.

Il y a des textes en planches débitées à la scierie.
Oui le contact est plus doux. Le texte peut être même poli mécaniquement.
Mais toutes les planches se ressemblent.
Vites touchées (euh lues) elles sont vites remisées.

Il y a les planches rabotées. Le texte a été travaillé, mais on lui a retiré toutes les aspérités.
C’est lisse, doux au touché. On peut prendre plaisir à laisser trainer ses doigts en surface..
Mais certains abusent du rabot. La planche est fine. Elle ne pèse plus grand-chose dans la main du lecteur.
Elle est belle, claire, mais manque de profondeur.

Et il y a le bois choisi et travaillé à la main par un ouvrier.
Ouvrier ??? Ouvrier ??? me dites-vous…
Savez-vous d’où provient le mot “ouvrier” ?
C’est un mot issu du terme latin « operari » (ouvrer, soit agir, opérer, travailler avec ses mains) et « operarius » (celui qui fait) nous dit Wikipedia.
Oeuvre, ouvrier qu’elle belle proximité n’est-ce pas ?
Revenons à la métaphore.
Le livre jaune est une sculpture de bois travaillée par un ouvrier du mot.
Michel Roch, muni de son ciseau à bois, y a sculpté une histoire onirique.
Il a laissé dans le récit mille renflements, arabesques, détours, courbes, creux, bosses, protubérances et élévations.
Oui on s’y perd parfois et la phrase précédente n’est qu’une mauvaise et pâle imitation des tournures de phrases qui pourraient vous freiner, vous égarer.
Mais laissez vos doigts glisser.
Vous ne saurez au début vers quel recoin sombre ou lumineux ils vous guideront.

Il n’y a pas que la sculpture du récit. Il y a aussi le traitement du bois en surface : le vocabulaire.
Ici point de peinture industrielle, de vernis chimique.
Michel Roch utilise une cire naturelle qu’il a fait pénétrer lentement dans le bois.
Cette cire est généreuse. Le vocabulaire est riche. Les termes sont toujours bien choisis.

C’est bien beau me direz-vous, mais quid du fond, de la sculpture ?
Que vous êtes impatients !

Et bien je vous laisse le découvrir. Je pense que le chemin qui amène à la fin du roman est plus important que le dénouement.
Le chemin commence dans l’obscurité et le dépaysement. Soyez persévérants.
La sculpture est profonde comme les sentiments qui imprègnent le récit.
Michel est un conteur des sentiments.

Autres avis

Le trouver ?

Je recommande la version eBook bien réalisée et sans DRM



Cet article est paru en premier sur Post Tenebras Lire
Informations