J’ai lu quelques livres de cet auteur. Beaucoup sont des livres « Post-apocalyptiques ».
Cette fois-ci, on bascule dans un genre que l’on pourrait qualifier de « Pré-apocalyptique ».
Structure
Chaque chapitre tourne autour d’un article, d’une lettre de l’auteur.
Il est toujours précédé d’un contexte.
Extrêmement utile tant la situation politique russe nous est peu familière et a beaucoup changé même si…
Comme chacun le sait, en dix ans, tout change en Russie ; en cent ans, rien.
Après l’article, l’auteur revient sur ces propos et actions de l’époque.
Il est certes facile de juger après coup. Mais Dmitry Glukhovsky n’est pas indulgent avec lui-même.
Il reconnait ses erreurs, ses lâchetés, ses manques d’anticipation.
Contenu
Les chapitres vont du 11 mai 2012 au 28 juin 2023.
On y découvre un régime qui se durcit, le semblant de démocratie qui s’enfuit, et la guerre en Ukraine.
La corruption est généralisée. Les proches sont installés au pouvoir par un Poutine qui cache de moins en moins son envie d’en finir avec la trop brève parenthèse de liberté.
On mesure aussi la progression du contrôle des médias, d’internet.
La propagande devient de plus en plus grossière et même outrancière.
J’espère que l’évolution défavorable de la Russie ne servira pas de modèle au « Monde Libre ».
On voit bien quelques tentatives de protestation, mais le système répressif est impitoyable.
Notre principal malheur ne réside pas dans la non-liberté, notre principal malheur repose sur notre impuissance. L’insignifiance d’un homme, sa vulnérabilité. L’inutilité et l’échec fatal de toute lutte pour soi, pour sa dignité d’homme, pour ses droits. D’où découle la nullité de la dignité humaine. D’où découle la valeur nulle de la vie humaine.
Perspective
Il est bon de rappeler la nature de l’empire russe.
L’histoire millénaire de la Russie, ce n’est pas l’histoire d’une Fédération, mais celle d’un empire colonial qui a changé d’enseigne, d’étendards et de dieux, mais qui n’a jamais renoncé à son essence et ne l’a jamais admis, même à ses propres yeux, et a encore moins abordé le sujet avec l’un ou l’autre des peuples colonisés.
Sinon, on ne pourrait la politique russe actuelle. Ajoutez-y un immense sentiment de déclassement
Depuis la victoire de la Grande Guerre patriotique et le vol spatial de Iouri Gagarine, mon pays n’a plus connu de triomphes. Les gens n’ont plus eu aucune raison de s’enorgueillir de leur patrie.
Personnification du pouvoir
Ici et là-bas les mêmes dirigeants illégitimes…
Les maîtres ont sempiternellement le sentiment que leur pouvoir a besoin d’être justifié, fondé, légitimé. Au début, ce pouvoir était ainsi conçu qu’ils détachaient notre laisse et nous permettaient de gambader un peu, à condition toutefois de nous abstenir de japper. Conduisent aux mêmes décisions belliqueuses.
Constat final
Un livre sur la Russie. Un journal qui semble au premier abord uniquement dépendant des évènements présents au moment de l’écriture des articles.
Mais en fin de compte, un livre/ bien plus universel :
Quand le pouvoir est entre les mains d’imposteurs, derniers disposent de deux moyens pour ne ces plus le lâcher: le mensonge et la violence.
Il apparaìt donc que les Russes n’ont d’espoir que dans une force qui balaiera l’autre. Le constat peut s’expliquer par le fait que notre culture politique est encore médiévale.
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