Spécialités russes

Dmitrij Kapitelman ★★★★☆ 27/04/2026

Un voyage personnel entre plusieurs mondes et plusieurs temps : l'Europe de l'Est, l'Europe de l'ouest, le monde soviétique, la paix, la guerre. Avec des frontières y compris familiales

Dmitrij raconte sa vie en Allemagne dans ce roman aux accents autobiographiques. Ses parents tiennent un magasin de spécialités russes.
Dmitrij parle russe, la langue que lui a transmis sa mère, la langue de sa mère, sa langue mère.
Dmitrij est né à Kyiv alors quand la guerre éclate, la déchirure entre la Russie et l’Ukraine traverse sa vie.

Le roman très personnel a son ton à lui. Un ton toujours sur la frontière fragile entre l’humour et l’auto-dérision d’un côté, l’angoisse et la révolte sourde de l’autre.
L’auteur est entre plusieurs mondes.
Ses parents issus d’autres pays et littéralement d’un autre monde et d’une autre époque.
Ils viennent de l’autre côté du mur. Quand il y avait encore le mur justement.
Toute la famille oscille entre nostalgie du passé, perte des repères…

La nostalgie se vend même dans leur magasin. Sous forme gustative souvent et parfois sous la forme de vieux artéfacts soviétiques comme de vieilles montres.

Alors quand la guerre éclate, les discours de sa mère ne passent plus. Elle se noie dans la télévision russe.
Oui la propagande et les mensonges ne fonctionnent peut-être que sur des convaincus, mais ça marche.
Et cela crée des fissures qui deviennent gouffres.

Les phrases les plus monstrueuses sont toujours les plus anodines. Or je les entends dès que je me trouve chez les êtres qui me sont le plus chers, au sein de ma propre famille. Là où je devrais me sentir le plus en sécurité.

Le roman n’est pour autant pas sombre. La plume de Dmitrij y est pour beaucoup. Elle reste caustique, un peu cynique, mais d’une grande tendresse pour tous les personnages.
Il y a autour du magasin toute une galerie de proches, de clients ayant chacun leur chemin de vie. Parfois avec des parts d’ombre.
C’est du moins le cadre de la première partie du roman.
Car le narrateur part pour Kyiv pour “voir”, renouer contact avec des amis.

C’est un voyage délicat.
C’est la guerre.
Dmitrij bien que né à Kyiv ne parle que russe.
Le russe et l’ukrainien ne sont plus des langues familiales — ce sont des choix politiques.

Quelque part le voyage a pour but de montrer à sa mère que l’attaque russe est bien réelle.
Mais il y a des fractures qui ne peuvent plus être comblées.
Une métaphore du fossé béant entre la Russie et l’Ukraine ?

Cet article « Spécialités russes » est paru en premier sur Post Tenebras Lire.
Informations
Suggestions Littérature