Embarquez-vous pour un polar différent. Différent, mais en quoi ?
Le narrateur, Tsuneo Asai, est un fonctionnaire du ministère de l’Agriculture japonaise. Il mène une vie assez morne. Pas d’excès, pas de vague, pas d’ambition, pas de boisson, pas de loisir. Il monte les échelons professionnels simplement avec le temps qui passe.
Il s’est marié après le décès de sa précédente femme. Mais la passion ne règne pas. C’est un couple très japonais : lui travaille, elle reste à la maison et s’occupe via des activités culturelles. Sa femme ayant des problèmes de cœur, ils ne font plus l’amour ou alors de façon très espacée. Lors d’un de ses voyages professionnels, on l’appelle au téléphone. Sa femme est morte d’une crise cardiaque. Mais elle est morte dans un quartier de Tokyo qu’elle ne fréquentait pas.
Qu’y faisait-elle ?
Le mari se pose des questions. Le doute se mue lentement en soupçon puis en certitude, puis en piste à suivre. Attention, le rythme n’est pas celui d’un roman policier classique. Pas d’échéance pressante. De plus, Tsuneo n’a pas beaucoup de moyens. Il enquête seul, sur son temps libre, sans en parler à la police. Il ne commet aucune infraction. Il se sert juste d’un cabinet de privé pour une enquête de « voisinage ».
À force de patience, il finit par découvrir sa femme. Il l’avait si peu connue de son vivant ! Il ne connaissait rien de ses loisirs ni de ses fréquentations.
Gardant une façade calme et professionnelle au travail, il progresse au fur et à mesure. Il se retrouve face à des évidences. Confronté à la réalité crue, va-t-il conserver son flegme et son sang-froid ?
En relisant cette critique, j’ai l’impression de donner une vision absolument morne de ce roman. C’est une erreur. L’auteur a du talent. D’un narrateur sans passion, il distille un suspense qui va croissant. Toutes les enquêtes ne se résolvent pas en quelques jours. Parfois les intuitions, les indices mettent du temps à s’emboîter. C’est exactement ce qu’illustre ce roman. De plus, typiquement japonais, Monsieur Asai ne veut pas déranger, faire de vague lui-même.
Pas d’action coup de poing, donc. Mais une vérité qui monte lentement au fur et à mesure et qui nous entraîne vers l’inéluctable. Un suspense croissant et une tension croissante nous entraînent vers une fin intéressante.
