Des hommes ordinaires - Christopher R. Browning - 5/5

Avant de lire ce livre, je vous conseille

Ils ne vous seront peut-être pas indispensables, mais pour ma part, à leur lecture, je me suis aperçu de mes très grandes lacunes sur le sujet.

Le 101e bataillon de réserve de la police allemande et la Solution finale en Pologne

Ce livre répond à la question « des hommes ordinaires peuvent-ils devenir des bourreaux ».
C’est un livre qui ne peut se lire d’une traite.
On y lit l’abominable, la lâcheté, l’accoutumance, la routine… Vous aurez, j’ai eu besoin de pauses fréquentes.

Il y a quatre grandes parties :

  • Une chronologie.
    Le bataillon arrive à l’Est et va perpétrer ses premiers massacres pour au fur et à mesure, il faut voir la chose en face, s’habituer à tuer.
    Comment sont donnés les ordres ? Par qui ?
    Qui refuse d’office ? Qui refuse devant ce qu’il faut concrètement accomplir ? Qui obtempère ? Qui est volontaire ? Qui y trouve de la satisfaction ? À quels genres d’actions prend part le bataillon ? Opère-t-il seul ? Avec des troupes SS ?
    Comment ont’-ils tué, déporté, et parfois (si peu) épargné.
    Oui ils ont tué à bout portant, au bout de leur pistolet, de leur fusil.
    Ils ont parlé, marché à côté, sorti de leur maison, traqué dans les ghettos, emmené devant la fosse et tué des dizaines de milliers de juifs.
    Pas à 200 m dans la lunette d’un fusil, pas en déléguant à d’autre le coup final.
    Pas au front au milieu des combats.
    Non à l’arrière, dans les villes, villages et la campagne polonaise.

  • Une analyse du bataillon
    Oui ce sont pour la plupart des réservistes d’âge mûr, ayant travail, femme, enfants.
    Ils ont passé une grande partie de leur vie sans le nazisme.
    Beaucoup n’ont pas d’envie de carrière et n’ont que faire de l’avis de leurs supérieurs, d’autres oui.
    A-t-on choisi des hommes particulièrement violents ?

  • Une analyse des motivations, du conditionnement, de l’embrigadement
    Étaient’ils de fervents nazis, inscrits au parti nazi par conviction ? Ont-ils reçu une intense propagande ? Étaient-ils antisémites ? À quel point ont’-ils suivi les ordres ? Que disent les études (Milgram entre autres) sur l’obéissance ?

  • La dernière partie est une réponse aux arguments ayant été soulevés contre ce livre.
    L’importance de l’antisémitisme dans l’Allemagne prénazie est intensément débattue.
    Comme les spécificités de la société, culture et politique allemande.

À la fin de la lecture de ce livre, il faut se rendre à l’évidence :

  • Oui le 101e bataillon était constitué d’hommes ordinaires.
    Pas de jeunes fanatiques antisémites n’avant eu que pour seul horizon le monde nazi
  • Oui le 101e bataillon a massacré à bout portant.
    Ils furent des bourreaux volontaires.

Ils ne furent pas des monstres hors de l’humanité. Ils furent des hommes ordinaires.

La conclusion du roman ne doit pas être évacuée :

J’ai bien peur que nous ne vivions dans un monde où la guerre et le racisme sont omniprésents, où les pouvoirs de mobilisation et de légitimation du gouvernement sont puissants et croissants, où le sentiment de la responsabilité personnelle est toujours plus atténué par la spécialisation et la bureaucratisation, et où le groupe des pairs exerce des pressions considérables sur la conduite de chacun et fixe les normes morales. Dans un pareil monde, je le crains, les gouvernements modernes qui souhaitent commettre un meurtre collectif échoueront rarement dans leurs efforts par incapacité à amener des « hommes ordinaires » à devenir leurs « bourreaux volontaires ».

C’est une lecture éprouvante. Mais je pense pour ma part qu’il faut parfois regarder en face la bête immonde qui sommeille en nous, l’humanité.



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