La promesse de l'Est. Espérance nazie et génocide, 1939-1944

La promesse de l'Est. Espérance nazie et génocide, 1939-1944

J’appelle de nouveau à la rescousse … la métaphore !
Et une métaphore soignée : la voiture. Et oui !
Elle ne rendra pas justice aux livres en question, mais vous fera comprendre, j’espère un peu, leurs natures et intérêts respectifs.

La métaphore

Mes deux précédentes lectures (“Hitler” et Comprendre le nazisme) sont deux lectures indispensables pour comprendre quelles routes emprunte la voiture nazie, à quoi elle carbure, quel est son plan de route, qui monte à bord, qui se fait écraser …
Ce livre vous permet lui de soulever le capot de la voiture nazie.
On va découvrir les rouages de l’utopie nazie vis-à-vis de l’Est. Les pistons (bien peu coordonnés), les courroies de transmission, les luttes entre les composants …
On va aussi découvrir les conducteurs qui ont pris le volant à Berlin et ont conduit la mécanique nazie jusqu’au confin de l’Europe.
Ont-ils tourné eux-mêmes le volant de l’extermination ? Qui a planifié le voyage ? Le voyage utopique a-t-il été planifié tout court ?Ou improvisé ?
Au passage, on tordra le cou à certaines images mentales et idées préconçues (j’en avais encore).

De quoi parle donc ce livre ?

Je retranscris ici avec mes propres mots.
Si vous le pouvez allez directement à la source : le livre lui-même.

De l’utopie nazie

Qui a imaginé l’utopie d’un Est mis au service de l’Allemagne nazie ?
Je pensais que la planification, l’imagination fut une histoire ordonnée et directe.
Absolument pas ! L’organisation ressemble plutôt à une hydre : de multiples têtes issues de différentes “factions” nazies. Chaque tête en concurrence avec les autres au niveau national ou locale.
Le tout dans un effarant désordre.
On navigue dans une foule d’organisations parallèles, plus ou moins éphémères.

Une vision commune finit par émerger, par une sorte de morbide concurrence : la vision d’un Est reconstruit, annexé, mis au service du Reich.
Il n’y a dans ce plan aucune place pour les populations locales.
Tout est pensé pour établir tous ces Allemands dispersé en Europe.
Hélas ignorer ne sera pas possible. Les individus racialement sélectionnés sont fort peu nombreux par rapport aux populations locales.

Les plans de refoulement, vont laisser la place à des plans de “laisser mourir”, à tuer, à exterminer.
Surtout que les premiers plans échouent les uns après les autres.
Seul le plan final, que l’on connaît, sera lui mené de façon “efficiente”.

Pour le reste l’efficience, y compris celle de la SS, est vraiment bien en deçà de se que l’on se figure.

Vous découvrirez que la planification concerne tout simplement tout : l’urbanisme, les axes de communication, les fermes, les industries, les cultures, jusqu’au plan des villages, maisons et pièces sont pensées dans la perspective d’établir à l’Est une nouvelle société. Et ceci inclut une séparation à tous les niveaux des “races”.

Certains responsables vont même passer de postes de bureaucrates planificateurs à des postes locaux responsables directement de l’extermination.

Adhésion

J’ai découvert une forte adhésion de jeunes hommes et femmes parties accueillir et “former” ces nouveaux Allemands “acceptés” dans le Reich.
L’utopie fut réellement vécue. Christian Ingrao apporte des témoignages d’Allemands fascinés et enthousiasmés par une mission vue comme salvatrice.

Les Allemands ?

Des groupes très structurés parcourent l’espace conquis.
Ils classent la population.
Suivant des critères raciaux et d’adhésion vous pouvez devenir pleinement citoyen ou avec des droits restreints, ou esclaves, ou rien (pour les Juifs). Il y a même des trains spécialisés et organisés pour le tri.

Un cas : Zamosé

C’est dans cette région que l’utopie nazie a eu le temps et les moyens de s’appliquer bien plus que dans le reste des territoires occupés.
Une plongée dans une violence de plus en plus extrême.
Tout est bon pour asservir, “faire de la place”, terroriser.
Le génocide juif est perpétré à la vue de tous comme un immense message : votre tour viendra !
Les Allemands jouent les antagonismes locaux entre ukrainiens et polonais pour espérer trouver à la fin des populations non germaniques suffisamment affaiblies.

Le cas Zamosé est bien documenté et les témoignages montrent clairement les buts en conséquence des volontés nazies.

En conclusion

Un ouvrage qui vous fera plonger au coeur du nazisme.
Parfois très (trop ?) détaillé. Les méandres de la bureaucratie nazie sont parfois difficiles à suivre.
Vous verrez comment cela fonctionne (mal), comment se “pense” une utopie raciale, comment la seule destination possible est l’extermination de l’autre.



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