Dans Logocratie (Seuil, 2025), Clément Viktorovitch — politologue et vulgarisateur bien connu sur YouTube — forge un concept pour décrire une dérive : une parole officielle qui ne masque plus le mensonge, mais contredit ouvertement les faits. À travers la présidence Macron, mise en regard avec Trump, Bolsonaro ou Johnson, il montre comment cette bascule vers la post-vérité mine la démocratie de l’intérieur.
Je suis parfois Clément Viktorovitch sur YouTube. J’avais besoin d’une analyse plus posée, plus sourcée que les réactions à chaud du format vidéo. Bonne nouvelle : j’ai trouvé dans cet ouvrage ce que je cherchais, du recul.
Il faut un travail de fond, un croisement des réflexions, pour mettre des mots sur des pratiques politiques et institutionnelles. On voit des exemples grossiers, flagrants, obscènes : Johnson, Bolsonaro, Orban, Trump… Mais qui, en France ?
Les apparences semblent nous inciter à dire que le mensonge, la dissimulation, la post-vérité y sont plus mesurés. Oui, du vernis il y a.
Mais il vous faut lire une analyse méthodique, sourcée, multiple, pour vous prouver que même si le discours n’est pas si vulgairement outrancier, la direction est la même.
La post-vérité, l’irresponsabilité, la récupération, le détournement de tout discours antagoniste, l’accaparement de mots et d’expressions pour les vider de leur sens premier : tout cela est avéré.
Cet essai ne vous laissera aucun doute là-dessus.
La communication politique est devenue un art de l’inversion, où chaque chose se change en son contraire, obligeant les citoyens à accepter des réalités contradictoires.
Mais…
Il s’arrête là. Pas de solution miracle, pas d’outil de langage pour lutter contre ce retournement.
L’avenir démocratique est sombre. Mais, au moins, avec cet ouvrage, la maladie actuelle est identifiée.
Les vecteurs de la maladie aussi.
Emmanuel Macron aura mis en scène sa conversion à l’écoute, vanté les mérites du dialogue, loué la possibilité d’un consensus pour, quand ce consensus émerge effectivement, le rejeter sans autre forme de procès. Il organise une concertation, pour n’en tenir aucun compte.
Lectures hautement recommandées
- Evidemment : “Mille neuf cent quatre-vingt-quatre” dans une nouvelle indispensable traduction
- Mais aussi “Les irresponsable” de Johann Chapoutot
Suggestions de Lecture
Le petit Fiera illustré: Dictionnaire politiquement incorrect du management et de l'entreprise
Jean-Baptiste Ferrero
★★★★☆
Un dictionnaire impertinent et juste qui expose avec humour les réalités souvent cruelles de la vie en entreprise, universel dans son diagnostic du monde professionnel.
Ralentir ou périr
Timothée Parrique
★★★★★
L'essai démonte méthodiquement les illusions d'une croissance économique infinie et verdissante, questionnant ses fondements politiques et écologiques avec rigueur.
Le français va très bien, merci
Les Linguistes atterrées
★★★★★
Réfutation pertinente des idées reçues sur le français, offrant une perspective nuancée sur sa vitalité, ses usages et son évolution réelle.
