Libres d'obéir : Le management, du nazisme à aujourd'hui

Deux aspects principaux dans ce livre :

  • En premier lieu
    • Quels principes de l’idéologie ont influencé le management de la “machine” nazie ?
    • Quelles contraintes économiques, géographiques, historiques ont fait de même
  • En second lieu
    • Comment, après guerre, les technocrates nazis ont intégré la nouvelle économie démocratique de la RFA
    • Et ont intégré ou adaptés les “outils” de management au management moderne.
      J’ai été étonné par la facilité pour certains responsables de passer de l’un à l’autre.

Le livre en profite pour tordre le cou à quelques idées préconçues.
Oui le nazisme est un totalitarisme, mais on pourrait dire que ce n’est pas un “État totalitaire” tant la haine de l’État est forte au sein du nazisme.
Le nazisme se voit, en quelque sorte, comme un chantre de la nature : il faut laisser grande liberté d’organisation, laisser l’organisation grandir organiquement dans une sorte de darwinisme organisationnel permanent.
Les buts sont évidemment définis depuis le sommet.

Les historiens et les politistes ont donné à cette improbable organisation le nom de « polycratie » : ce qui caractérise le IIIe Reich est en effet la multiplicité des instances de pouvoir et de décision, ainsi que leur compétition incessante. Le constat est, en première instance, surprenant : « rigueur allemande » et « goût de l’ordre » ne sont pas au rendez-vous, moins encore la logique « totalitaire » de l’unité et de la verticalité.

Quels sont les rapprochements troublants entre le nazisme et les pratiques de management d’après guerre ?

  • Même si l’on ne parle pas d’une même échelle d’intensité : le “darwinisme” social et organisationnel Les individus et organisations les plus efficaces doivent émergés d’eux-mêmes par opposition aux moins ou non productifs.
    La vie est une lutte.
  • Faire plus avec moins. Je cite :

    comment administrer un Reich en expansion permanente, avec peu, voire moins, de moyens et de personnel ?

  • Le management fixe les objectifs, aux échelons inférieurs la liberté de parvenir aux buts fixés (sans forcément de moyens)

    La seule liberté résidait dans le choix des moyens, jamais dans celui des fins.

  • Obtenir le consentement par une forme de travail « par la joie » (durch Freude)

    Dans le domaine économique, il apparaît immédiatement nécessaire de créer un management, une Menschenführung, qui gratifie et promette, pour motiver, et créer une communauté productive.

Quelques citations bien plus éclairantes que mon brouillon avis

La conséquence de ces contradictions et de cette perversion est tout sauf théorique : ne jamais penser les fins, être cantonné au seul calcul des moyens est constitutif d’une aliénation au travail dont on connaît les symptômes psychosociaux : anxiété, épuisement, « burn out » ainsi que cette forme de démission intérieure que l’on appelle désormais le « bore out », cette « démission intérieure »

Être rentable / performant / productif (leistungsfähig) et s’affirmer (sich durchsetzen) dans un univers concurrentiel (Wettbewerb) pour triompher (siegen) dans le combat pour la vie (Lebenskampf) : ces vocables typiques de la pensée nazie furent les siens après 1945, comme ils sont trop souvent les nôtres aujourd’hui. Les nazis ne les ont pas inventés – ils sont hérités du darwinisme social militaire, économique et eugéniste de l’Occident des années 1850-1930 – mais ils les ont incarnés et illustrés d’une manière qui devrait nous conduire à réfléchir sur ce que nous sommes, pensons et faisons.

Troublant n’est-ce pas ?

En vidéo

Johann parle bien mieux que moi de son livre :



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